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Histoire de la ville de Kourou

Le territoire de la Guyane est reconnu par les français au début du XVIIe siècle. Ils fondent d'abord, en 1624, l'établissement de Sinnamary, puis la ville de Cayenne en 1637.

Les amérindiens, premiers habitants de la Guyane ...

D'après les récits rapportés par les premiers navigateurs, la région de Kourou est habitée jusqu'à la fin du 17ème siècle par des amérindiens d'origine Kali'na (anciennement nommés "Galibis" par les colons) qui vivent de manière nomade. De nombreuses tribus, tout en se déplaçant de site en site, se concentrent sur cette zone pour en faire un lieu d'habitation privilégié. Ils vivent des activités traditionnelles de chasse et de pêche et entretiennent des relations commerciales avec des colons trafiquants itinérants. Leur présence est encore attestée à l'heure actuelle près d'un ancien méandre du fleuve Kourou par le site archéologique des "Roches gravées de la Carapa" qui compte des centaines de gravures anthropomorphes et zoomorphes. Ce site d'envergure régionale est en cours de réhabilitation. Il fait l'objet de visites sur rendez-vous.

La période coloniale : des jésuites à l'expédition du Kourou

Le bourg de Kourou naît avec la fondation d'une mission par les jésuites, laquelle a pour objectif, selon le modèle des "réductions", de rassembler en un lieu unique les amérindiens afin de leur inculquer les "principes de la civilisation occidentale et du christianisme" tout en les protégeant de l'influence néfaste des colons. Après une première mission implantée en 1709 sur la rivière Irakoua (Iracoubo), leur camp est transféré en 1713 sur la rive droite de l'embouchure du Kourou, à l'emplacement actuel du bourg. Le 26 décembre 1710, jour de la Saint-Etienne, les Kalina de la mission de Kourou furent baptisés à l'église Saint Nicolas de Cayenne. Les pères Lombard et Creuilly firent élever dans le bourg de Kourou une église qui, commencée en 1726 fut achevée en 1728 et reconstruite en 1736. Les Jésuites mirent en valeur les zones de Guatémala et de la montagne des Pères, en créant de nombreuses cultures vivrières.

En 1744, le savant Charles Marie de la Condamine (1701-1774) fait des expériences sur la vitesse du son sur un des monts de Kourou, montagne qui porte son nom.

Kourou, haut-lieu de marronage (1742)

 En 1742, la région de Kourou marque l'histoire de la résistance servile en Guyane face à l'inhumanité et la barbarie du système esclavagiste. Elle est en effet le théâtre de la grande révolte des "marrons de Kourou et de la Tonnégrande" relatée dans le manuscrit du Docteur Arthur et dans les archives judiciaires de l'époque. Sous les ordres de André et de son complice Copena, esclaves du sieur Leroux, une troupe de marrons fuit la plantation de la rivière Tonnégrande. Leur périple les amène jusqu'à la montagne Plomb, en amont du fleuve Kourou. Là, un bataillon du Roi aura raison de leur résistance. Copena et sa compagne Claire, convaincus du crime de marronage, seront suppliciés jusqu'à ce que mort s'ensuive devant leurs deux enfants, sur la place de Cayenne. La ville de Kourou garde la mémoire du combat de ces hommes et femmes contre ce crime contre l'humanité qu'était l'esclavage avec la "perspective Copena" qui fait face à son Pôle Culturel et sa médiathèque.

L'expulsion des jésuites et le désastre de l'expédition du Kourou (1763)

 Durant les années 1760, pour des raisons politiques et économiques, les jésuites sont expulsés par la France comme par l'Espagne et le Portugal dans toute l'Amérique Latine. Lors de la dissolution de la Compagnie de Jésus en 1762, la mission de Kourou est abandonnée par les Pères jésuites mais la région est choisie par Choiseul, ministre de la marine et des colonies, pour accueillir un vaste projet de colonisation agricole de peuplement, après la perte du Canada.

En 1763 les ingénieurs Mentelle et Tugny tracent le plan de la ville projetée autour de l'église. A cette date, on construit les carbets pour la réception des colons venus de France. L'expédition de Kourou est confiée par Choiseul à Jean-Antoine Brûletout de Préfontaine, auteur de l'ouvrage "La maison rustique de Guyane" ainsi qu'à Turgot et Thibaut de Chanvallon, ancien intendant de Saint-Domingue. Autour de 16 000 colons venus principalement de Lorraine et d'Alsace, hommes, femmes, enfants s'embarquent dans les ports de Rochefort, Le Havre et Marseille. En septembre 1763, les premières installations ont lieu du côté de l'ancienne mission des jésuites et les suivantes en amont du fleuve Kourou. Parallèlement, d'autres colons sont installés sur les criques Karouabo, Malmanoury, Paracou, Counamama et la rivière Sinnamary. Très rapidement, les mauvaises conditions d'hébergement et les maladies déciment la colonie. Seuls quelques milliers de rescapés s'installent à Sinnamary (340 survivants en 1764) et partent se réfugier aux îles du Diable, rebaptisées alors "Iles du Salut".

De 1781 à 1794, Kourou, comme le reste de la Guyane, vit une période relativement heureuse et quelques premiers embryons de développement économique. En effet, à la fin des années 1770, Victor Malouet, ordonnateur de la Guyane, impressionné par la réussite des "polders" hollandais du Surinam voisin, introduit de nouvelles techniques agricoles basées sur le dessèchement des terres basses et leur mise en valeur. A la veille de la révolution de 1789, des denrées agricoles partent régulièrement vers la métropole, tandis que l'élevage bovin s'étend de Sinnamary jusqu'à Kourou. En 1802, au rétablissement de l'esclavage par Victor Hugues, missionné par Bonaparte, Kourou n'est habitée que par quelques colons qui n'ont que très peu d'esclaves pour faire fonctioner leurs habitations. Aussi, en 1848, lors de l'application de l'abolition de l'esclavage, le nombre de libérés n'excède pas la centaine.

Le bagne à Kourou (1852-1953)

En 1852, considérée comme le "cimetière des européens", la Guyane est désignée pour accueillir le bagne, ce qui achève de ternir l'image de la contrée.
Le premier convoi de 630 déportés débarque en avril 1852 aux Iles du Salut. Durant un siècle, jusqu'en 1938, plus de 80.000 forçats sont ainsi déportés en Guyane où ils purgent leur peine dans des conditions souvent inhumaines. Aux îles du Salut, on envoie les prisonniers les plus dangereux. L'île Royale d'abord qui regroupe d'un côté les cellules des bagnards et de l'autre, les bâtiments de l'administration centrale du bagne, ainsi que l'hôpital (réservé aux civils et au personnel), l'église et les logements des médecins. Tous ces édifices sont aujourd'hui classés monuments historiques. Sur l'île Saint-Joseph, on envoie les "incorrigibles" et les déportés politiques. L'île du Diable est réservée aux déportés politiques les plus dangereux comme les protagonistes de la "bande à Bonnot", auteurs d'attentats anarchistes, Ullmo, coupable de trahison envers la patrie et surtout le capitaine Alfred Dreyfus, injustement inculpé de trahison. Les visiteurs peuvent encore voir sur la Pointe des Roches à Kourou, la "Tour Dreyfus", sémaphore qui accueillit Dreyfus avant son envoi sur l'île du Diable et servit par la suite à la communication avec les îles. Il est possible, aujourd'hui, de se rendre sur les îles tous les jours en empruntant la vedette pour la traversée.

En 1854, l'Administration pénitentiaire crée aux roches de Kourou un important pénitentier à vocation agricole, le bagne portant aussi en lui un projet de développement économique de la Guyane grâce au travail des bagnards. Tous les bâtiments qui se trouvaient sur cette partie de la commune de Kourou ont été démolis et remplacés par l'hôtel des Roches lors de la construction de la base spatiale et de la ville nouvelle dans les années 1965-1968. Seules demeurent la Tour Dreyfus, sur un rocher, face aux îles du Salut, la petite Fontaine près des palmiers moukayas et les fours à chaux, aujourd'hui encastrés entre des villas résidentielles. Tous ces édifices historiques sont visitables.

Le bourg de Kourou de 1850 à 1950

 En 1836, à la veille de l'abolition de l'esclavage, Kourou est un petit bourg de campagne qui compte 897 habitants dont 262 libres et 635 esclaves. Les activités principales sont la pêche, l'élevage et l'agriculture. Cela jusqu'en 1855, où la découverte de plusieurs pépites déclenche la première ruée vers l'or en Guyane. A Kourou, quelques habitants se lancent dans des activités d'orpaillage artisanal. Ainsi, en 1879, on recense une bataille des orpailleurs qui œuvraient alors sur des "placers" à Kourou. La population évolue peu et a même tendance à baisser après la libération des esclaves : 652 personnes en 1911 et 563 en 1953-1954. Aussi, en 1955, 10 ans avant l'implantation de la base spatiale, le petit village de Kourou ne comporte que 67 habitations réparties sur l'ensemble de son territoire. Le bourg proprement dit ne comprend quant à lui que 18 maisons ou cases créoles. Les autres habitations étant réparties sur les savanes alentours : 2 situées à Guatemala, 3 entre les monts Pariacabo et Carapa, 9 sur la piste de l'Anse de Sinnamary, une quinzaine au lieu dit Bassini, sans oublier les 8 bâtiments de l'administration pénitentiaire.

La ville de Kourou et l'implantation du Centre Spatial

En avril 1964, la décision du gouvernement d'implanter à Kourou la base spatiale bouleverse radicalement la destinée de la commune. Le 23 mars, le Général De Gaulle, en visite officielle en Guyane, confie son ambition au public guyanais lors du discours de la place des Palmistes à Cayenne : « Nous avons à réaliser, vous sur place, et la France avec vous, une grande œuvre française en Guyane, et une grande œuvre dont on s’aperçoive dans toute la région du monde où se trouve le département. Il faut qu'on le voit et qu'on le sache partout. Nous avons commencé et nous continuerons. » En 1965, par déclaration d'utilité publique, le CNES (Centre national d'études spatiales) est rendu propriétaire des 96 000 hectares qui deviendront les terrains d'assiette du champ de tir et de sa base-vie. L'installation entraîne malheureusement l'expropriation des familles de Kourou et Sinnamary qui habitaient la zone, soient près de 650 personnes qui y vivaient alors. L'expérience de l'expropriation et celle du relogement dans des logements inadaptés reste encore aujourd'hui un point de crispation et un traumatisme pour les différentes générations qui vécurent, de près ou de loin cet évènement.

En fin d'année, le CNES installe ses premiers bureaux dans les locaux de l’ancien pénitencier agricole des Roches. Les années suivantes voient l'édification de la base spatiale, des infrastrutures de génie civil nécessaires et de la ville nouvelle de Kourou, initialement dimensionnée pour accueillir 6 000 habitants avec une marge d'extension jusqu'à 12 000 habitants. C'est la période des grands chantiers qui voient des milliers d'ouvriers colombiens, brésiliens, surinamais, guyanais et antillais vivrent provisoirement sur la zone de Kourou. Fin 1968, les premiers logements de la cité « Diamant » sont livrés tandis qu'au mois d'avril, le lancement d'une fusée sonde Véronique marque l'ouverture opérationnelle de la base. Dès 1969, un pont sur le Kourou remplace l'ancien bac et la route reliant Cayenne et Kourou se transforme en véritable route nationale. La piste de l'aéroport de Rochambeau est agrandie pour pouvoir accueillir les gros porteurs. A Kourou, toutes les infrastructures et les services nécessaires surgissent les uns après les autres : station de pompage d'eau potable, usine électrique, port, écoles, lycée, cinéma... En 1970, avec l'arrivée des équipes européennes pour travailler sur le lancement de la fusée Europa 2, la population de Kourou avoisine les 6 000 habitants.

Au gré des programmes spatiaux (fusées sondes, Diamant, Europa, Ariane 1-2-3-4-5), la ville et sa population ne cesseront de s'accroître pour atteindre en 1999 le nombre de 19 191 habitants.

 
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